Rebecca Campeau,

 Créer c’est jouer, par Pierre Souchaud

 Jouer avec le visage, le corps, la posture sociale, avec sa propre image. Se réapproprier le tout humain, le réorganiser, le redynamiser, le ré-enchanter sans doute…en toute lucidité, sans concession et avec le regard distancié  de l’humour assurément. Mais plus que cela : avec le regard d’un enfant, avec son innocence, avec sa « perversité polymorphe » comme on dit en milieux autorisés (à le dire) … Bref, avec cet immense et pur plaisir du travail à la main, du bricolage improbable, du bourrage malodorant, du collage salissant, de l’assemblage expérimental, du télescopage exploratoire de l’envers des apparences. Un vrai boulot démiurgique quoi ! Total, totalisant, sans raison d’être extérieur à lui, né de l’intérieur de lui, joyeux, goûteux…comme le pudding exactement.

 Créer, pour Rébecca, n’est pas « résister » comme disent les  inspecteurs de la création du Ministère. Non, créer , pour elle, c’est pour la jouissance immédiate, c’est le pied de nez à la conceptualité et le pied tout court, c’est la sensualité brute, c’est la biodiversité, c’est le circuit court, c’est le retour à la vraie nature des gens et des bêtes. Il n’y a pas de questionnement sociétal dans les trognes humaine et animales de Rebecca Campeau. Pas de message humanitaire, pas d’engagement politico-philosophique, pas d’acte de révolte, de résistance, de rébellion ou d’insoumission à ceci ou cela… Non, il s’agit seulement d’un jeu… d’un jeu en soi et pour soi, d’un acte amour physique avec le matériau, d’une pure écriture plastique, dont le sujet est à l’intérieur d’elle-même et non dans une représentation qui n’est que prétexte. Oui, il s’agit d’une construction abstraite sans autre raison extérieure à elle. C’est ce que je crois.

Et c’est ce qui fait la force de cette œuvre, en même temps que sa liberté, son bonheur, son inventivité, son imprévisibilité et son charme fait d’un mélange de férocité et de tendresse, de nostalgie pour une rusticité disparue, d’humour et de poésie.

Pierre Souchaud*

*Fondateur du magazine Artension

Rebecca Campeau, 21 créatures, 40x40cm, sculpture de textile peint

Rebecca Campeau, Tête de livre, 45x30cm, livre objet, textile