« Je n’ai aucune Imagination »

Jean-Paul Muslin reprend à son compte, depuis des années, cette parole de Giacometti.

En effet, ce n’est certainement pas l’imagination qui a donné naissance aux poupées, aux masques, aux décapitations et autres cascades, mais bien une perception du vivant qui nécessite sa désarticulation, sa désorganisation. Comprendre en quoi le travail anatomique, celui qui flirte nécessairement avec l’érotisme et la mort, peut faire jaillir la source même du processus vital, c’est cela qui fascine depuis toujours Jean-Paul Muslin. Cette destruction des corps n’est certainement pas un « genre » en forme de provocation, elle est le fil du rasoir, la frontière dernière qui va faire basculer tout le travail de l’agonie à la source.

Cette profanation, puisqu’il s’agit là de toucher au mystère, passe par les formes qui occultent l’apparence du réel, les masques, les poupées -qui sont toujours des masques d’ailleurs- et toute la scénographie théâtrale symbolique que Jean-Paul Muslin connaît bien par ailleurs.

Certains n’y verront peut-être, comme pour les Pisseuses d’Olivier Ajas accusées de donner une image dégradante de la Femme, qu’une boucherie inutile et écoeurante. Dans les deux cas, Ajas et Muslin –exposition commune jusqu’au 17 avril à St sauveur en Puisaye-, c’est bien mal connaître l’histoire de l’expressionnisme et de ses multiples explorations de ce qui ne se donne pas à voir.

Tenter d’aller le plus loin possible dans la recherche de la « mémoire » de l’humain, de ce qu’en lui, nous ne verrons jamais mais que nous soupçonnons si fort, passe pour Jean-Paul Muslin par cette analyse anatomique non dénuée de violence, il est vrai, mais inséparable d’un réel transcendé, proche de l’imaginaire et aux antipodes de l’imagination.