« L’œil lucide dans la chambre obscure »

Notes sur Olivier Lelong

Olivier Lelong est un photographe français contemporain. Ses photographies dérangent, interrogent le spectateur sur sa place de regardant, de voyeur (voyant-voyeur par le retour du regard de l’autre), le renvoyant peut-être à sa responsabilité dans ce qu'il voit et dans la manière dont il le perçoit, l’amenant à interroger sa place, à la remettre en question…

Ça fait mal, ça remue, ça excite, ça laisse devant soi, ça renvoie à notre position de spectateur qui regarde, et dont le regard se regarde dans le regard de l’autre, le regardé, le semble-t-il soumis, offert à notre regard ; cet œil ouvert que Caïn voit jusque dans la tombe où il ne peut le fuir c’est peut-être celui d’Abel, celui du dieu, mais c’est surtout son propre œil, celui de sa conscience, (celui de sa culpabilité), celui de sa responsabilité, « il se regarde lui-même », et à son propre regard il est impossible de se soustraire…

« Il vit un œil, tout grand ouvert dans les ténèbres,

Et qui le regardait dans l'ombre fixement...

L’œil à la même place au fond de l’horizon

« Je vois cet œil encore ! »

Et Caïn dit « Cet œil me regarde toujours! »

« L’œil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.

Et Caïn répondit :  « Non, il est toujours là. »

Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ;

L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. »

Victor HUGO, La conscience, La Légende des Siècles, 1877

Il ne s’agit pas de faire une lecture religieuse ni psychanalytique, ce n’est pas le propos, ni de parler de culpabilité, ça n’a rien à voir avec son travail.

En revanche la question du regard, de l’œil, reste posée et paraît essentielle.

Le regard de l’autre (le regardé, le modèle, le vu) le renvoie à sa position non plus de voyant anonyme incognito et irresponsable mais à une position de voyeur dont il ne peut se défaire qu’en l’acceptant, en s’interrogeant, en se responsabilisant, en changeant de place, le sens de sa place.

Dans Teardrop il y a ça ! Dans Camera Lucida, Line ne nous quitte pas du regard, il est impossible de ne pas voir ses yeux nous regarder, d’échapper à son regard, même dans la photo au miroir où elle semble se regarder elle-même, notre regard va vers ses yeux, cherche encore son regard, et elle est elle-même une analogie du regardant-regardé, de notre position de spectateur vu, pris en flagrant délit !

Teardrop - Regarde au fond de mon œil ce que tu y vois c’est toi toi qui me regarde toi que je vois toi qui te vois me regardant et te demandant si tu le fais bien si tu es à ta juste place ou juste à ta place mais toi c’est moi qui regarde c’est un délire un déraillement…

O.A

Olivier Lelong : Camera Lucida

Photographie: Olivier Lelong, Camera Lucida, Teardrop, avec Line