Lopez-Sanchez Mathély Inès

LA MEMOIRE DES ETRES D'INES LOPEZ SANCHEZ MATHELY, sculptrice

Avec quatre mots pour désigner son nom, Inès Lopez Sanchez Mathély conserve tels des talismans héréditaires, ses origines croisées, espagnoles et françaises.

De l'Espagne, elle a gardé le souvenir inconscient des grandes migrations. Migrations juives à travers tout le Moyen-âge, suite à l'inquisition des rois catholiques, en particulier Isabelle… Plus récentes, migrations socio-économiques vers l'Afrique du Nord et l'Amérique du Sud, créant une diaspora à travers le monde… Jusqu'à la plus proche de nous, en 1933, pour fuir la dictature de Franco !

Son œuvre entière est un hommage à ces gens désespérés, regroupés en tribus pour mieux assurer leur pouvoir de résilience. Et, toujours, ces tribus migrent. Les "migrants" d'Inès obéissent-ils seulement à la nécessité de survie ? Ou bien répondent-ils à une volonté farouche de résistance à toutes formes d'asservissement ? Le mélange de races au sein de ses groupes dit bien qu'elle ne propose pas une réflexion sur la question identitaire, mais une évidence première que le métissage est l'une des richesses essentielles de son œuvre. Pour attester de l'imprégnation de ces êtres à leur situation, tous "cheminent" dans une posture tendue vers l'avant. Leurs épaules basses serrées portent toute la misère du monde. Leurs ventres creux, leurs jambes cagneuses sont leur triste apanage. Défilé affligé de bannis, d'exclus, simplement de miséreux, n'en pouvant plus de supporter l'oppression. Mais démarche de tous les dangers ; où, pour survivre, les individus ont dû se rassembler, élaborer pour le groupe des habitudes instinctives à l'origine de leurs hiérarchisations.

De la France, elle a, semble-t-il, acquis une grande sérénité, des certitudes, qui réunissent ses migrants en grappes et conciliabules. C’est le moment du bivouac, après la longue fatigue de la journée. Moment où, les fardeaux déposés, les groupes se reforment, les épaules se rapprochent. Chacun se détend, se laisse choir en des poses abandonnées. Les muscles relâchés laissent apparaître des courbes au creux des reins…

Les peurs oubliées, vient le temps des contacts, des caresses, de l'intimité entre une mère et son enfant, celui où elle fait sauter son bébé au-dessus de sa tête, où une fillette gronde sa poupée… C'est le temps des menues confidences formulées à mi-voix, avec un sentiment paresseux de bien-être... Le temps où surgissent des fragments d'histoires à peine organisés, des nostalgies instinctives… Le temps où la pudeur n'existant pas, une femme peut s'asseoir jambes écartées devant le feu du campement. Temps heureux de l'absence d'inhibitions. Scènes d'un quotidien plein de tendresse, de très forte sensation d’intimité. Instantanés fragiles et précieux au cours desquels la tribu passe des détails du banal le plus trivial, la peur, la sueur, la marche des corps luttant contre les éléments… à l'enchantement de la chaleur, douce et brûlante à la fois.

En somme, forte de l'une et l'autre influences, Inès Lopez Sanchez Mathély manifeste son souci permanent de la recherche de l'humain. L'humain, fragile, mais si résistant aux aléas de la vie. Et, plus spécifiquement encore, sa quête porte sur le rôle de la femme dans la société –car en fait, la femme est presque exclusivement représentée dans son monde-. Sa volonté de rappeler que depuis la nuit des temps, et hélas de nos jours encore, elle a été la "moindre", l'"impure", celle que l'on peut soumettre, réduire en esclavage, violer, frapper. Celle qui, bien que seule capable de donner la vie, doit être tenue à distance, cachée de la tête aux pieds même, pour préserver la suprématie de l'homme !

Cette vie et cette fragilité se retrouvent dans la façon de créer de l'artiste : Elle part d'un squelette qui sera ensuite caché, ou laissé en fragments apparents, constitué de métaux et grillages récupérés qu'elle modèle et soude. Elle renforce cette ébauche par des plaques minces d'un mortier naturel laissant apparaître des portions de ce squelette pour traduire la maigreur ; ou des amas de ce même mortier qui, générant plaies et bosses, vont obliger les matériaux suivants, tissus, filasse, paille, mousse… à se calquer dessus, les coulures et déchirures ajoutant à l'aspect miséreux des personnages. Et, s'il est un élément renforçant l'idée de la femme "créatrice", c'est le fait paradoxal que souvent, seul le vide occupe la place du ventre, témoignant de l'"attente" ; ou que le bébé apparent sous le grillage, corrobore ce rôle.

Ainsi, Inès Lopez Sanchez Mathély sait-elle à la perfection, densifier les silhouettes. Créant non des anatomies "esthétiques", mais des êtres dont le dépouillement, les aspérités, témoignent du primitivisme de leur existence. Sans pour autant se vouloir hyperréaliste, la précision du moindre détail, la manière bien à elle de délaisser des perspectives lointaines pour donner à ses scénographies l'omniprésence des premiers plans, ont communiqué au fil des années à ses créations une telle véracité qu'elles apparaissent comme autant d'authentiques pages d'anthropologie. Car elle est incontestablement une scénographe de talent. En atteste sa faculté de modeler les attitudes, situer ses personnages, toujours réalisés grandeur nature, hors de tous temps, tous lieux, tous contextes sociaux si ce n'est assurément qu'ils sont pauvres !

Ainsi, voir les tribus d'Inès Lopez Sanchez Mathély, c'est retrouver la mémoire atavique, se replonger dans les affres de l'exode, de la fuite obligée, des désarrois sans fin. Etre sensible à la façon dont elle les traduit en des œuvres expressives, narratives, dans lesquelles elle est profondément investie. Et qu'avec sa belle voix de soprano, elle accompagne de chants plaintifs a capella, de séfarades judéo-espagnoles, recréant ainsi la chronique des forces tutélaires qui, depuis la grotte, emmènent l'homme toujours plus loin, toujours "ailleurs".

Jeanine Rivais, Octobre 2015.

http://www.rivaisjeanine.com/

http://jeaninerivais.fr/

La démarche de l'artiste


"De la fragilité découle l’empathie qui nous rapproche de l’autre faisant office de miroir. La fragilité cède aux sentiments du cœur et à ses penchants. Elle est une faille qui nous rend plus humain. La fragilité nous aide à mieux comprendre l’autre, tout en acceptant de lui montrer qu’on a aussi besoin de lui.


Les sculptures présentées comportent des manques, des blessures de vie. Ces œuvres plastiques à taille humaine, sont prévues pour être installées en groupe dans une mise en espace. Elles ont été conçues avec des métaux soudés auxquels se sont rajoutées différentes techniques, destinées à donner l’aspect du métal rouillé et rongé. Elles évoquent l’usure du temps et les souffrances endurées par les êtres humains.


L'utilisation de pigments liés à la terre, contribue à la dramatisation du sujet parce qu’ils expriment la poussière, les restes humains.


Les portraits représentent des entités imaginaires de différents horizons. Ils ont été réalisés sur un support de papier bulle. La transparence de ce matériau évoque le côté éphémère et fantomatique d’êtres disparus, ainsi que l’oxygène. L’oxygène évoqué par les bulles et l’asphyxie qui résultent du plastique que je fais fondre volontairement. Ces personnages semblent abîmés par les épreuves, mais sereins et confiants dans l'avenir insufflé par la vie. De la fragilité des êtres évoquée par cette installation découle aussi notre force à rebondir dans la réunion les uns des autres.


En fonction du lieu d’exposition, je vous propose d’entonner des séfarades à capella, airs populaires transmis oralement de génération en génération, qui racontent le quotidien de la population. La voix exprime la sensibilité de l’être dans sa fragilité. J’inviterai alors le public à un rituel, pour nous unir dans le partage de notre humanité."


Inès Lopez-Sanchez Mathély



FORMATION ARTS PLASTIQUES


Ecole des Arts Décoratif, Paris


Atelier Point IV, Paris


Atelier Jamin, Paris


FORMATION ARTS VIVANTS


Théâtre : Ecole Tania Balachova, Paris


Chant : Conservatoire National Région, Rouen



PRIX


  • Prix du public Aux Arts Citoyens-2013

  • Prix d’œuvre sur papier ARGR 2004

  • Prix du salon européen 2003

  • Prix de Bouaffle 2002

  • Prix des Artistes Scéens 2001

  • Clam’art actuel, diplôme d’œuvre sur papier 1998

  • 1er Prix  « Chant degré Supérieur » concours Léopold Bellan

  • 1990 1ère Médaille « Chant degré Moyen » concours UFAM 

MUSEE 


- 2 œuvres sur toile dans la collection du Musée de la Palestine auprès de l’Unesco- 2009


TELE


  • Le monument préféré des Français-  Stéphane Bern-05 septembre 2014

COLLECTIONS


  • France, Espagne, Italie, Suisse, Angleterre, Allemagne, Etats-Unis, Mexique, Japon

  • Didier Benesteau

PROJETS


  • Festival d’Aubagne octobre 2015 à Roquevaire

ÉVÉNEMENTS ET EXPOSITIONS depuis 1997:


(sélection)


  • Musée de la Cour des Boecklin, Bischheim mars-avril 2015

  • Galerie Symbialis, La Chaise Dieu

  • Confluences Polycarpes, «  fragilité », Lyon, septembre /décembre 2013 (sculptures

  • Aux Arts Citoyens, Marsac en Livadrois-Chapelle des pénitents blancs-2013-2014

  • 6+1 Résonance d’Humanité, Caen, église St Sauveur,2013 (installation sculptures)-2013

  • Galerie R9-St Sauveur-en-Puisaye-2012 (sculptures et peintures)

  • Festival Art Et Déchirure-Chapelle St Julien-Rouen- 2012 (installation sculptures et peintures)

  • Spectacle jeune public « Le chemin bleu »     décors, marionnettes, performance picturale et vocale-Théâtre des deux rêves-Paris-2010

  • Illustration du livre « le Chemin bleu », de Bruno Lomenech-2010

  • « Después » évènement pluridisciplinaire- La perrière-2009

  • Erotisme-La voie ferrée- Nonancourt

  • « Sol y Sombra » évènement pluridisciplinaire- Sèvres -2009   

  • Risque de la Liberté, Paris XV, Festival NAM, 2009

  • Spectacle lyrique multimédia autour des  5 sens -  Sèvres et Châtenay-Malabry-2008

  • Les deux lauréats du Salon Européen – Paris-Paris-2003

  • Galerie E Galerie Arnaud - Verneuil-sur-Avre-2001 

  • Épistolairement Vôtre-Verneuil-1997-2001

  • Galerie Valtat – Paris-2001

  • Mairie du 3ème – Paris-1999

  • Art Pluriel – Rueil-1998

  • Galerie Odile Mauve - Paris

  • L’Art en mouvement, Viry Châtillon

  • L’Art en mouvement - Courcouronnes

  • Art Direct, Barcelone - Espagne

  • Salon du Val d’Or

  • Salon des Artistes Français

  • Figuration Critique, Sintra - Portugal

  • Salon  dessin et peinture à l’eau - Paris

  • Galerie de Turenne - Troyes

  • Art Contemporain 99 - Paris

Détails

Les oeuvres de l'artiste :

Il y a 7 oeuvres.
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