Ajas Olivier

Olivier Ajas, né le 18 décembre 1970 à Béziers, peint, écrit.

Il étudie la philosophie à Montpellier, puis à Strasbourg, où il obtient un DEA de philosophie.

A partir de 2001, il peint.

Ecrit différents textes et présentations pour des amis artistes.

En 2013, il édite un court récit et un recueil de poèmes et d’aphorismes.

-          C’est au printemps 2015, avec sa série « LOTRECOR », que s’effectue un vrai tournant dans sa peinture.

Il utilise divers matériaux de récupération, papiers journaux, peintures en bâtiment, pigments naturels, huile...etc.

Ces oeuvres sont obtenues en toute fin de processus par transfert de la bâche (sur laquelle il peint)  vers le papier journal ou la toile ou le papier Canson. Ce transfert implique des pertes de matière, des déchirures, des accidents...

-          Fin 2016, et surtout début 2017, naît une nouvelle série « LES PISSEUSES », où son travail se précise, et s’engage résolument dans une figuration plus expressive. Inédite, elle sera présentée pour la première fois à Saint-Sauveur-en-Puisaye en Mars et Avril 2017.

En ce qui concerne ses influences picturales, elles sont très éclectiques, de l’expressionnisme d’Edvard Munch ou d’Egon Schiele à la pratique de l’art d’Antoni Tapies et à l’art brut pour l’utilisation de matériaux pauvres; ainsi qu'un goût prononcé pour l'expérimentation.

Il défend une démarche anti-esthétique. Il pourrait tout autant citer des démarches comme celle de Jean Rustin qui abandonna son esthétique abstraite au profit d’un retour à un figuratif simplifié et violemment expressif, ou celle de Maria Lassnig.

Pour lui, l’art n’a pas pour simple but de décorer. Il doit retrouver ou au moins se rapprocher de son originalité, très exactement de son origine, fût-elle mythique, dans un geste (une tentative) de retour et de retournement critique par rapport à la société du spectacle et à l’idéal consumériste exacerbé de celle-ci, mais aussi par rapport à la Culture Institutionnelle :

«Peindre comme dans la caverne» ; il fait à partir du peu qu’il lui reste, il fait une « peinture pauvre », c’est une démarche éthique !

«Sans choc, il ne peut y avoir d’art», dit Tapies, ou encore «le plus surprenant est de concevoir l’art comme un comportement total, engageant jusqu’aux moindres détails de la vie quotidienne».

Il a trois enfants.

En novembre 2013, il revient dans l’Hérault et s’installe dans l’arrière-pays biterrois, après plus de vingt ans à Strasbourg.

Représenté par La Galerie Art Compulsion depuis 2016.

PUBLICATIONS

- Mars 2016 : Magazine Sachet Mixte Men, présentation de la série « Lotrecor »

- Décembre 2013 : Etat des lieux (le temps qu’il fait chez nous), roman publié chez Edilivre.

- Octobre 2013 : Poèmes et aphorismes 1994-2008, recueil publié chez Edilivre.

EXPOSITIONS

- 18 Mars-17 Avril 2017 : "Poupées et Pisseuses, en duo avec Jean-Paul Muslin, Galerie Les Créacteurs en Puisaye

- Juillet 2016 : Galerie R9, Saint-Sauveur-en-Puisaye

- Janvier-Mars 2015 : Exposition collective à la Galerie d’art Sophie Julien à Béziers.

- Juin-Juillet 2014 : Exposition personnelle «Mes ancêtres m’ont dit…» à La Maison Médiévale de Cessenon-sur-Orb.

- Octobre 2004-janvier 2005 : Exposition collective au Musée Pierre-Noël, Saint-Dié-des-Vosges, rétrospective Pierre Cornudet , et rédaction du texte critique et biographique de présentation de l’œuvre peint et écrit de P. Cornudet dans le catalogue de l’exposition.

- Mai 2004 : Manifestation culturelle «Les Ateliers ouverts de la ville de Strasbourg» : Exposition collective :"La figuration libératrice et altruiste", Atelier de Pierre Cornudet, Bastion 14, Strasbourg.

- Mai-juin 2003 : Manifestation culturelle «Les Ateliers ouverts de la ville de Strasbourg» : Exposition collective : "SVP j'ai faim", Atelier de Pierre Cornudet, Bastion 14, Strasbourg.

LOTRECOR


(ébauche d’un sens)


             Je ne peux pas peindre quelque chose que j’ai décidé de peindre. Je ne trouve pas cela intéressant, et c’est trop facile. Je dis : je veux dessiner une femme et la peindre. J’ai mille et une façons de le faire et toute la technique qui permet de le faire. Mais en quoi est-ce intéressant, ou pertinent, si je prends telle ou telle image et que j’essaie de la reproduire ? Non, ce n’est pas par là, il y a là quelque chose qui m’arrête, c’est le vide, c’est vide, VAIN. Je peins autre chose, c’est un autre impératif, une autre nécessité qui doit surgir. Tout cela ne serait qu’anecdotique, je choisis tel sujet, tel thème ou tel contenu et je le réalise. Quelle prouesse ! Quelle pauvreté ! A quoi bon, dans quel but ? Quelque chose d’autre doit « venir », doit « s’imposer », doit « paraître », doit « comparaître » ! J’appelle autre chose, la « venue » d’une étrangeté, d’une présence inconnue. Il ne s’agit pas que je sache, car je ne sais rien de ça, rien de ce qui vient, de ce qui paraît à travers moi. Quelque chose passe de là-bas à ici, quelque chose dont je ne suis pour rien, seulement un médium, à travers lequel quelque chose passe. Laisse faire. Fais et laisse faire. De temps en temps, je me perds à croire que j’y suis pour quelque chose, que c’est moi qui fais. Or il est clair que non.


 Peindre : c’est quoi pour toi ?


C’est un geste de pauvreté, d’indigence, de manque.


Je suis endetté et je manque.


Je dois peindre, je dois écrire : ce devoir est une dette.


Cet impératif est une dette dont je ne peux m’acquitter une fois pour toutes.


C’est parce que je cherche que je trouve. Même si je ne sais jamais ce que je cherche.


Que dire d’autre, sinon que ça m’étreint, que ce n’est pas un choix, que ça vient comme un hasard, une chance, avec ce sens bien particulier qu’on y donne, quelque chose descend, vient d’en-haut, la grâce, en quelque sorte, mais qu’on n’ose nommer ainsi par crainte qu’elle fuie.


Attente. La plupart du temps.


Peindre, écrire, c’est résister à la mort, à l’œuvre de la mort, à la disparition, à l’absence de sens, c’est laisser une infime trace d’un passage, une présence, fût-elle elle-même vouée à la disparition.


Stèle, tombe, pierre, ruines…


Que ou qui sont tes personnages ?


Ils ont une fonction sans doute, mais je ne m’en suis rendu compte qu’ultérieurement bien sûr, bien après avoir fait tous ces tableaux.


Est-ce que ce sont des personnes ?


Oui le même mot de « personne » dit à la fois la présence de quelqu’un et son absence. C’est cette idée qui me fascine.


Ce « personnage », « cette personne », cette « figure » « dit » « quoi », parle à qui, de qui, de quoi ? Dit les choses ou nomme les choses ? Décrit, représente, figure ? Pourquoi n’y a-t-il pas de nom aux œuvres ?


Elles ne sont pas littérales, elles ne racontent pas d’histoires, de même qu’écrire ce n’est pas raconter des histoires, ça peut, mais ce n’est pas essentiellement écrire. Peindre, ce n’est pas peindre un sujet, ce n’est pas représenter, reproduire une soi-disant réalité extérieure ou intérieure, ce serait la même chose, du moins ce n’est pas essentiellement cela, selon moi, ça n’a jamais été vraiment le cas dans l’histoire de la peinture. Si Nommer les choses, c’est les définir, les mettre dans des boîtes bien rassurantes, les enfermer, je ne nomme rien. Ou alors des noms multiples, accumulation, énumération, digression… ça me va…


Pourquoi le nu plutôt qu’autre chose ?


Il renvoie à autre chose bien sûr, il y a toujours des échos, mais cette autre chose c’est déjà lui, le désir, l’érotisme, la mort…


Donc quand tu fais un nu tu ne fais pas autre chose !


C’est là !! Devant toi, ce corps, plus que toute nature morte, c’est le memento mori !!! Enfin, je ne suis pas sûr, mais c’est ce qui me vient là tout de suite, maintenant, hic et nunc, cette présentation du corps (d’un corps)!! Du moins c’est vrai pour moi !!!


Il y a la féminité de la figure.


Peut-être parce que la figure féminine fonctionne mieux. Mais c’est surtout une figure archétypale du corps humain : le cercle des seins, le sexe féminin ou masculin avec la carrure ; il y a confusion, une figure androgyne.


Ainsi elle évoque plus, elle est plus expressive.


C’est indéniable, cette figure est « sans visage », ou alors avec un « visage » sans particularité, non déterminé, comme un masque. Pourtant elle dégage une « présence », le passage de « quelque chose », une « étrangeté », un « flottement », un « questionnement », une « Inquiétude », une « Attente », un grand Manque. C’est cette inquiétude qui est constitutive.


Tu voulais proposer un mot nouveau pour dire ce qu’il y a là devant nous, peint.


Oui, je ne sais pas si je fais bien, mais bon, cette figure, c’est ce que je souhaitais appeler, oui, nommer, pour une fois, par un néologisme, LOTRECOR, afin d’éviter qu’on me dise que je peins des corps, ou que je les peins mal, LOTRECOR ce serait l’autre corps, le corps de l’autre, le corps autre, le corps, l’autre, l’Autre, en tant que figure, sa présentation, son absence aussi…etc. C’est un début…un commencement…


Bon. Restons-en là pour cette fois. Parlons enfin peinture. Tu fais quoi ? Tu commences comment ?


Je commence, comme il dit, avec une idée imprécise, une vague idée, sentiment, émotion, excitation : un dessin simplifié, allusif, du corps.


Dessin qui sera finalement inversé par mon procédé de collage et décollage. Ce sera un accident majeur. Puisque la plus ancienne couche se retrouvera devant, comme une inversion de l’archéologie, et la plus récente derrière.


D’accord. Tu préciseras plus tard si tu veux. Et ensuite ?


Après vient la couleur : des superpositions de couches blessées, griffées, striées, biffées, raclées, empreintes, collages, salissures.


Plus tard lors du décollage d’autres accidents se présenteront : déchirures, écaillage, décroutage, pertes de matière.


Tout cela reste guidé tout de même.


Bien sûr mon intention est toujours là, mais elle sera malmenée par les accidents des étapes successives.


C’est le devenir matière de la matière, ce fameux corps à la fois transcendant et immanent en tant que figure : LOTRECOR.


Mais le mieux, c’est de voir.


Olivier Ajas, 2015

Détails

Les oeuvres de l'artiste :

Il y a 9 oeuvres.
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