Giraud Edwige

C’est Thierry Lambert qui a attiré mon attention sur le travail d’Edwige Giraud. Et c’est lui qui a eu l’amabilité de me communiquer son adresse.

Edwige Giraud habite Grenoble. Elle est âgée de 64 ans. Voilà vingt-cinq ans qu’elle s’adonne aux joies de la création. Sans répit. Au Quotidien. A raison de 10 heures par jour actuellement. Manifestement, cette activité frénétique semble bien être la traduction d’un besoin irrépressible et vital.

Après des études secondaires, Edwige Giraud trouve un emploi dans une banque par hasard et nécessité, mais elle n’a pas la vocation. Après 30 ans de service au sein de cet établissement bancaire, elle avoue qu’elle ne s’y épanouissait pas. Le bonheur n’est pas toujours dans le prêt assurément ! Elle s’y sent décalée. Elle mesure combien ses satisfactions lui sont comptés. Heureusement elle va se découvrir une passion le dessin. Elle aborde la création sans tabou ni préjugé. Elle a commencé à peindre à un moment difficile de sa vie. Totalement autodidacte elle se lance à corps perdu dans cette aventure. Ses débuts datent de la fin des années 80. Elle peint aux aurores : elle se lève alors à 3 heures du matin, et avant de vaquer à ses activités professionnelles et ménagères, elle dessine. Activité clandestine qu’elle occulte et ne dévoile à personne. Heureusement le hasard fait bien les choses : la lecture d’un livre de Jean Dubuffet va changer le cours des choses. Il s’agit d’Asphyxiante culture. La découverte de l’Art Brut va conforter sa position et lui donner envie de poursuivre sa démarche. »C’est grâce à Jean Dubuffet, à ses écrits et à son œuvre que j’ai trouvé la force de créer, sans me soucier des techniques » confie-t-elle. A ses débuts ses proches se moquaient de sa peinture. Elle ne renonce pas. La création est pour elle une bouffée d’air frais ! Le virus est pris. Elle se sent libérée. Grâce à jean Dubuffet dont elle connait les écrits, elle se sent autorisée à continuer ses recherches. Conscient, elle ne se considère pas comme un créateur brut. Elle se perçoit comme une femme du commun à l’ouvrage. Elle se situe volontiers dans la mouvance des singuliers, de la création franche. Elle reconnait avoir une dette envers l’art brut. Par bien des cotés elle s’en rapproche, elle n’a démarché aucune galerie. Expose rarement. Elle crée d’abord pour son plaisir. Y trouvant une vraie jubilation. Sans intention aucune. Elle laisse venir les choses. La tête vide dit-elle. Dans un état proche de la transe. Sans contrainte. Ni à priori. En toute liberté. Elle travaille ajoute-t-elle à l’instinct et dans l’urgence. Pour elle le dessin est un exercice de méditation.

Elle travaille en musique. En premier lieu elle trace une figure schématique qu’elle va garnir de pointillés de hachures, d’écailles. Travail de remplissage qu’elle pousse jusqu’à la saturation des espaces créés. Elle recourt à une grande variété d’ornements et l’effet d’ensemble s’avère étonnant. Dans ces entrelacements et ces emmêlements on discerne la présence discrète mais récurrente d’yeux. Parfois apparait un visage ou deux. Les formes sont saillantes, irrégulières torturées. Cohabitent courbes et angles ; Le résultat final ne manque ni de force ni d’originalité. Par contre d’autres dessins sont tout en rondeur, tout en douceur, ils évoquent des matriochkas, des poupées russes. Ces figures sont symétriques. Toutefois le remplissage a recours au même procédé : hachures, arabesques, écailles citées précédemment. Tous ces dessins sont sans doute l’expression d’une spiritualité qui ne dit pas son nom. A travers ses œuvres Edwige Giraud voyage dans une autre réalité un autre monde .On devine son souci de rendre visible l’invisible. Elle veut se saisir de l’impalpable. Elle insiste sur la nécessité de voir plutôt que de regarder. C’est pourquoi ses œuvres sont recouvertes d’un médium brillant. De ce fait la lumière joue sur ses créations qui disparaissent ou apparaissent selon son intensité. Aussi ses tableaux exigent du regardeur un effort pour mieux les appréhender. Ils gardent néanmoins une part de mystère et ne se livrent pas au premier coup d’œil.

Edwige Giraud se révèle pleine de ressource. Nul doute que chez elle la fantaisie est un perpétuel printemps ! Et comme l’écrivait Marcel Proust : "Il est doux à tout âge de se laisser guider par la fantaisie." Il suffit de voir ses dessins pour se rendre compte combien ils en sont la preuve patente. Edwige Giraud est une magicienne. Ça qui l’intéresse c’est le faire, l’acte créateur. Et l’immense plaisir que lui procure un art libéré de ses dogmes.

Joe Rycko

Détails

Pas d'oeuvre pour cet artiste.

Accepter

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience.
En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez les cookies