Morel Pascale

« Je peins sur des toiles parce que la surface des cavernes se raréfie.

Je m’efforce, au bord du vide. Je peins en toute imbécillité, dans un non-savoir. Je dois sans cesse perdre, dépouiller, alarmer, éveiller. Construire, déconstruire.

Il y a cette poussée, sensation recherchée du lien à l’univers, matérialisation d’altérité, extrapolation, vertige.

Il me semble que la peinture doit enlever des peaux, et mener irrésistiblement à l’origine de la création elle-même.

Lieu de perte délibérée, dans ce précipité de l’espace aléatoire, d’où parfois surgit cet entre-deux, la passerelle, le lieu habité-inhabité qui relie l’homme à l’univers.

La peinture, seuil de la solitude et de la rencontre, est, plus que jamais, un acte d’amour et de résistance.

Peindre m’a engagée. C’est ma peau, et j’y cherche maintenant le corps de la peinture. »

Ce texte écrit pour l’édition de mon premier catalogue s’achevait par cette question du corps de la peinture ; je faisais alors ce qu’on pouvait qualifier de l’art abstrait, au bord du signe, dans la suggestion la plus discrète.

En 2010, j’achevais ma dernière toile dite abstraite, et ce, pour plusieurs motifs : la peinture m’indiquait le chemin en me précipitant vers le vide, en se questionnant à travers mon geste, elle m’indiquait ses impasses, y compris sa propre disparition, sa futilité ou son absence. Ou pire, son potentiel décoratif, un confort esthétique à l’encontre de ma conviction profonde : celle du déséquilibre dont on ne se remet pas. Je n’ai pas envie de me remettre de la peinture. Il va de soi que je cherche le péril.

Je craignais, et crains toujours de me répéter. Je veux continuer de m’interroger, de douter.

La peinture me livre, par métaphores, l’invisible irréductible au langage. Il s’agit donc d’apparitions auxquelles je donne forme.

Mon inspiration relève d’un parcours indissociable de la pratique de l’aller-retour entre le sens et le non-sens (je me méfie de ce que crois comprendre !), entre la subjectivité et l’altérité, entre l’extérieur et l’intérieur. Je n’ai donc pas de thèmes privilégiés, mais m’astreins à approfondir ce qui surgit.

Il me semble que la peinture doit enlever des peaux : c’est ainsi qu’à mon insu, en cherchant, j’ai commencé à peindre ce qui se trouve sous la peau : de la chair, de l’organique dans son caractère universel de l’être au monde. La peinture, pour moi, c’est l’autre. En cherchant la chair de la peinture surgit l’animal, dans sa chair anonyme, métaphore de l’envers du peintre, son intériorité, la rencontre avec sa finitude, sa « viande » au sens deleuzien (cf. son texte sur la peinture de F. Bacon), comme la condition de tout être vivant.

Pascale Morel

Pascale Morel

ses calligraphies du dedans

Pascale Morel s’ouvre à l’insondable. Sous les dires exténués, sa parole d’avant-message explore à vif un ciel intime. Elle creuse dans l’irrécupérable. Art d’extraction abrupte. La peinture est l’espace ouvert et distant où se joue l’autre pensée…

A chaque œuvre, Pascale Morel crève une veine d’univers, une ligne de chair, une jetée d’étrangeté. Pudique, la matière palpite, et l’énigme s’installe. Le chaos veille. Les couleurs s’approchent des signes de nuit, et s’imprègnent de leur obscure vitalité.

Dans l’étreinte du ciel et de la mort, on se retrouve envahi par ces allusives architectures nuageuses, ces cicatrices de ciel, ces aventures de lignes et de hasard. Pascale Morel arrache d’elle ce qui gravite autour du visible, et se désigne aveuglément dans les images fatiguées du monde. Dans le miroir profond de sa peinture, de ses dessins, la rationalité ne sait plus faire surface…

Art de détachement vital où l’énergie du présent, dans un immense effort d’arrachement aux obscures présences des origines, troue l’opacité primitive. Tout enfonce et tout renaît, quand l’intériorité la plus secrète s’arrime aux chairs qui vivent.

Couleurs d’espace ultime, dans l’univers sans borne du dehors et du dedans.. Regard entre deux abîmes. Comme la vie, au creux étiré du magma humain, des surgissements fragiles apparaissent et disparaissent dans les lointains. Pascale Morel ensemence le vide. Ainsi s’inventent d’inouïs dessins d’âme déliés, aigus, et sans patrie. Petites îles séparées et inhabitables. Une indicible finesse, d’une infinie et cruelle souplesse, les jette au-dehors. Etranges calligraphies d’infime beauté déliée… Crue, cruelle, et percutante. Pascale Morel traverse en fantôme toutes les formes attendues, et chaque dessin, d’une minutie qui évide, invente des hybrides, des sans-formes, des allusifs, et des inextricables.

Monstre-corps pluriel sans origine autre que celle du laisser-aller, et du laisser-créer, surgissant toujours en métamorphoses ciselées, évacuées du réel, et arrachées aux pesanteurs. Et l’impensable croît.

Christian Noorbergen

Née à Paris mais vivant en province depuis presque toujours et, depuis 15 ans, en pleine campagne avec ses animaux et son atelier, Pascale Morel a suivi une année probatoire à l’École des Beaux-Arts de Troyes avant d’intégrer l’Atelier Met de Penninghen à Paris. Elle y a tout appris, ou presque, à savoir qu’elle a une volonté indéracinable et a survécu à cette École sans dommages apparents !


Depuis, elle a pris le large et s’est engagée seule dans l’aventure.


Elle enseigne à l’École des Beaux-Arts de Troyes depuis 7 ans et passe le reste de son temps à travailler la peinture, le dessin et autres délicieux supplices.


Expositions personnelles


2016   Service des soins palliatifs Hôpital de Troyes.


2015   « Anima » Galerie Chantal Bamberger Strasbourg.


2012   Peintures sculptures et dessins Galerie Eric Dumont Troyes.


2010   Peintures Galerie Alain Rouzé Nantes.


2009   Peintures-paysages Maison Pour Tous Sainte-Savine.


          Sélection Rencontres des toiles Ménerbes.


2007   Peintures Galerie Eric Dumont.


Expositions collectives


2016   Musée de la faïencerie Ancy-le-Franc Petits formats.


          Petits formats Galerie Artelivorno Livourne Italie.


2015   Artistes français en Italie Galerie Artelivorno Livourne Italie.


          Musée de la faïencerie avec I .Richard et B. Witdouck.


          Trois artistes Galerie Eric Dumont Troyes.


2014   Artcité manifestation d’art contemporain Fontenay-sous-Bois, Paris.


2013   Carte blanche du critique d’art C. Noorbergen Les Hivernales Montreuil.


          Biennale des artistes Espace Argence Troyes.


2012   Biennale d’art abstrait Normandie.


2011   Les ateliers d’artistes de Ginkgo Maison du Boulanger Centre culturel Troyes.


2010   Pulsart Manifestation internationale d’art contemporain Musée de Tessé Le Mans.


2009   Peintures Galerie Daniel Amourette Rouen.


2008   Untitled Pavillon Henri IV Nogent-sur-Seine.

Détails

Les oeuvres de l'artiste :

Il y a 8 oeuvres.
Accepter

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience.
En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez les cookies